Séance du 13 octobre 2026

Motion présentée par Victoria Zaâfrani, Geneviève Reynaud et Denis Bucher, au nom du parti des Vert.e.s de Meyrin-Cointrin, demandant le développement d’une stratégie communale « Ville Éponge »

Vu le rapport fédéral de l’Office fédéral de l’environnement “Eau de pluie dans l’espace urbain” du 14 juin 2022 qui préconise une gestion des eaux pluviales reposant sur la rétention, l’infiltration et le stockage local de l’eau, ainsi que sur le développement d’infrastructures vertes et bleues dans les zones urbanisées ;

Vu le principe de la ville éponge promu par la Confédération comme mesure permettant notamment de mieux faire face aux précipitations intenses, aux périodes de sécheresse et aux fortes chaleurs, tout en favorisant la biodiversité et la qualité du cadre de vie ;

Vu la démarche cantonale « Eau en ville », qui promeut une gestion intégrée des eaux pluviales et la mise en œuvre du principe de ville éponge sur le territoire genevois ;

Vu le Plan climat cantonal 2030, deuxième génération, adopté par le Conseil d’État le 14 avril 2021 qui prévoit de « généraliser le déploiement de la démarche “Eau en ville’’ sur les domaines public et privé » et reconnaît la ville éponge comme un moyen efficace de renforcer la résilience urbaine ;

Vu le programme de législature 2025-2030 du Conseil administratif de Meyrin «Pour une ville innovante, inclusive et durable », qui réaffirme l’engagement de la Commune en faveur de la transition écologique et climatique ;

Vu la résolution n° 2020-03a demandant la déclaration de l’urgence climatique et la ratification de la « Charte des villes et des communes pour le climat et l’énergie», adoptée par le Conseil municipal le 9 mars 2021 ;

Vu le Plan général d’évacuation des eaux (PGEE) intercommunal Grand-Saconnex – Meyrin – Vernier – Satigny (ZIMEYSAVER), adopté par le Conseil d’État le 23 juillet 2015, qui constitue l’outil de planification de la gestion et de l’évacuation des eaux à l’échelle communale ;

Vu la motion n° 2021-07 demandant une végétalisation des préaux des écoles et des EVE de la Commune, adoptée à l’unanimité par le Conseil municipal le 12 octobre 2021 ;

Vu la motion n° 2021-08 demandant l’élaboration d’un plan de plantation des arbres pour les cinq prochaines années, adoptée à l’unanimité par le Conseil municipal le 12 octobre 2021 ;

Vu la résolution n° 2023-03a relative à la mise à jour partielle du Plan directeur communal pour la zone 5, adoptée par le Conseil municipal le 12 septembre 2023 et approuvée par le Conseil d’État le 20 décembre 2023, qui prévoit notamment de favoriser l’infiltration des eaux pluviales ou leur gestion à ciel ouvert afin de réduire le ruissellement, de créer des îlots de fraîcheur, d’améliorer l’apport hydrique des arbres et de renforcer la biodiversité ;

Vu le Fonds communal pour l’énergie, le climat et la biodiversité et son catalogue de subventions, qui soutient déjà notamment les toitures végétalisées, la plantation d’arbres, les haies indigènes et la perméabilisation des surfaces minérales ;

Vu la loi sur la procédure administrative (LPA ; E 5 10) ;

Vu la loi sur l’administration des communes (LAC ; B 6 05) ;

Le Conseil municipal, dans sa séance du 13 octobre 2026,

D E C I D E

de demander au Conseil administratif :

  1. D’intégrer systématiquement les principes de la ville éponge dans les projets communaux de construction, de rénovation et de réaménagement des espaces publics. La ville éponge consiste à concevoir et aménager les espaces urbains pour qu’ils absorbent, stockent et restituent naturellement les eaux de pluie au lieu de les évacuer immédiatement dans les canalisations.
  2. De porter une attention particulière aux nouveaux défis climatiques par le captage et la rétention des eaux pluviales provenant des épisodes de fortes précipitations;
  3. D’élaborer, d’ici à fin 2027, une stratégie « Meyrin, ville éponge », coordonnant et complétant les planifications et mesures existantes, et permettant d’identifier les priorités pour créer un territoire résilient;
  4. D’intégrer à la stratégie, des objectifs mesurables et quantifiables ainsi qu’une planification permettant d’atteindre ces objectifs, ce pour l’ensemble des services communaux concernés;
  5. D’intégrer à la stratégie l’évaluation des ressources humaines, financières et matérielles nécessaires à la réalisation de ces objectifs.

Exposé des motifs

Les changements climatiques ne constituent plus une problématique future : ils se manifestent déjà concrètement sur le territoire genevois par une intensification des vagues de chaleur, des périodes de sécheresse plus fréquentes, ainsi que des épisodes de précipitations intenses provoquant des phénomènes de ruissellement et parfois des inondations localisées. Le Plan climat cantonal 2030 relève que ces évolutions augmentent la pression sur les ressources en eau, augmentent la vulnérabilité des espaces urbanisés et nécessitent une adaptation rapide de nos villes.

Face à ces défis, la Confédération, le Canton de Genève ainsi que de nombreuses collectivités publiques promeuvent aujourd’hui le concept de ville éponge. Celui-ci consiste à repenser l’aménagement urbain afin que l’eau de pluie soit gérée au plus près de son point de chute plutôt que d’être évacuée le plus rapidement possible dans les canalisations. Le rapport fédéral Eau de pluie dans l’espace urbain préconise ainsi une gestion des eaux pluviales fondée sur la rétention, l’infiltration, le stockage temporaire, l’évapotranspiration et la réutilisation locale de l’eau, au moyen d’infrastructures dites vertes et bleues.

Concrètement, une ville éponge cherche à conserver l’eau là où elle tombe : dans les sols, les espaces végétalisés, les noues, les jardins de pluie, les arbres, les bassins ou encore les surfaces perméables. L’objectif est de ralentir les écoulements, de favoriser l’infiltration naturelle, d’alimenter la végétation et les nappes souterraines et de réduire la charge exercée sur les réseaux d’assainissement. Ce changement d’approche permet simultanément de limiter les risques d’inondation, d’atténuer les effets des canicules, de renforcer la biodiversité et d’améliorer le cadre de vie des habitantes et habitants. Fondamentalement, il en résulte la valorisation d’une ressource extrêmement précieuse !

Le Conseil municipal a déjà adopté plusieurs textes visant à renforcer la végétalisation, développer la canopée, protéger la biodiversité, favoriser les surfaces de pleine terre et lutter contre les îlots de chaleur. Le Plan directeur communal, le Plan directeur communal de l’énergie 2020-2030 (PDComE), la stratégie pour la zone 5, le catalogue de subventions du Fonds communal pour l’énergie, le climat et la biodiversité ainsi que diverses motions et résolutions adoptées ces dernières années comportent déjà de nombreux éléments qui relèvent indirectement du concept de ville éponge.

De même, le Plan climat cantonal 2025-2030 prévoit de « généraliser le déploiement de la démarche Eau en ville sur les domaines public et privé » et considère explicitement la ville éponge comme un moyen efficace de renforcer la résilience urbaine.

La ville éponge constitue aujourd’hui l’une des réponses les plus efficaces, les plus pragmatiques et les plus multifonctionnelles aux défis climatiques auxquels nos communes doivent faire face. En améliorant simultanément la gestion de l’eau, la biodiversité, le confort thermique, la qualité paysagère et la santé publique, elle permet d’investir dans un territoire plus résilient sans opposer adaptation climatique, qualité de vie et développement urbain.

Si la commune applique déjà certains principes de la ville éponge dans ses aménagements, notamment à travers la désimperméabilisation des surfaces, l’infiltration locale des eaux pluviales ou le renforcement de la végétation, ces réalisations restent largement conçues pour gérer les précipitations telles que nous les connaissions jusqu’à présent. Elles ne permettent pas encore de répondre aux nouveaux défis climatiques. Or les scientifiques prévoient une augmentation simultanée de périodes de sécheresse prolongée et d’épisodes de pluies intenses. Cette évolution impose d’anticiper dès maintenant les aménagements capables de ralentir, capter et conserver l’eau là où elle tombe, afin de protéger la population, notre patrimoine naturel et les infrastructures tout en préservant une ressource précieuse durant les périodes sèches.

Il s’agit donc d’aller plus loin en faisant de la ville éponge un principe structurant de l’aménagement communal afin que chaque projet d’aménagement, de rénovation ou de construction contribue progressivement à rendre le territoire de Meyrin plus résilient face aux effets du changement climatique.

La motion ne demande pas seulement la poursuite des bonnes pratiques existantes ; elle vise à les amplifier, à les adapter aux nouveaux enjeux climatiques, à les coordonner, à les systématiser et à les rendre mesurables. Elle propose ainsi la mise en place d’une véritable stratégie communale permettant la réalisation de projets toujours plus exemplaires.